Deux musiques…

septembre 15, 2007 at 10:47 (Uncategorized)

Après deux mois de vacances bien ensoleillées, je commence progessivement à réintegrer le mode de vie occidental, et le weekend regagne son importance majeure dans mon existence d’étudiant en fin de cycle. Au menu, posages entre amis, sorties nocturnes parfois non-orthodoxes, un peu de sport, bref rien d’original. Mais en ce mois sacré de Ramadan, le weekend revêt une autre dimension: hormis la possibilité de faire de longues grasses matinées pour diluer l’effet du jeune, la Mosquée de Paris ainsi que diverses soirées organisées par la Mairie de Paris (vive Bertrand Delanoê) offrent d’inéstimables opportunités de recueillement spirituel, au lieu d’un vendredi midi passé dans les salles info de mon école entre deux cours….

Et ce weekend là était bien un exemple de ces journées à cheval entre mon coeur laissé en Orient et mon moule européen…D’un coté, la Technoparade avec ces milliers de jeunes déchainés dernière des chars qui ressemblent plus à des barricades qu’à des véhicules, de l’autre un petit évenement convivial, une soirée soufie organisée dans l’Institut des cultures de l’Islam au 18è, affilié à la Mairie de Paris.

Le matin, et dès 11h, toute la rive droite parisienne vibrait sur les ondes techno. A en croire les slogans et les points de ramassages, la parade était organisée cette année autour de la thématique écologique…comme s’ils devaient se racheter de la pollution sonore qu’ils causaient…Mais j’avoue que ça le valait bien, l’ambience était énorme -pour utiliser un adjectif ado-. Le bain de foule m’avait vraiment fait du bien, le son était si fort que je sentais les ondes sonores percuter mon corps, l’invitant à se laisser emporter par les vibrations de masse… J’insiste sur le mot « masse » car tout le charme de la techno est dans cette sensation de fusion dans l’espace-temps musical, le sentiment de ne plus être vulnérable devant l’autre, lui aussi emporté par la même vague…. Hélas, l’éclatement d’une bouteille de bière ou l’odeur d’un pétard mal roulé vennaient rapidement pour me tirer de ma torpeur…et pour me rappeler qu’autour de moi, il n’y avait pas d’anges…

Des anges, il n’y en avaient pas non plus dans la soirée soufie… J’ai toujours cru que les hommes se partagent en trois catégories: ceux qui ne croient pas aux Anges, ceux qui ne croient pas en eux même, et les (potentiellement) soufis, lesquels croient aux Anges et en l’Homme. Et cette troisième catégorie était si nombreuse ce soir-là. Des maghrébins, des arabes orientaux, des asiatiques et bien évidemment des français de chez français. Quelques uns de ces français étaient là juste pour vérifier que ce soufisme est bien la troisième voie, non politisée donc la moins offensive de la religion la plus dangeureuse sur terre. Mais la plupart étaient venus pour chercher une paix, une vraie…ceux-là ont bien compris que Dieu ne Se prouve pas, que Dieu Se goûte…Et l’ouïe s’impose comme le sens qui véhicule le plus fidèlement le goût de Dieu….

Al Fatiha, suivie d’une lecture de sourate Taha… je ferme les yeux…

Louanges à Dieu…les mots n’ont plus pour moi le même sens…Ses Noms me coulent dans les veines….

Eloge du Prophète, la musique prend forme… et mes oreilles sont désormais le dernier lien avec l’extérieur….mais….. je fais un faux mouvement et me revoilà émergeant de nouveau…preuve que j’ai encore un bon bout de chemin à faire…

Et un chant typique de la tariqa avec beaucoup de réferences à Ibn Arabi…

La fin s’approche, le moment est pourtant éternel… A la beauté du verbe se joint la sponteité du geste…une paix, certes éphémère, règne; on est pour une fois réconcilié avec l’Univers et surtout avec soi-même.

Le bonheur est d’avoir toujours cette paix à portée de main, le malheur est que ce ne soit pas possible pour tout le monde, en tout moment….et l’Elu est celui qui saisira le secret….

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Ce que je pense du vote!

septembre 5, 2007 at 5:17 (élections, maroc, PJD, USFP)

Il semble que la seule inconnue des échéances électorales soit l’ampleur de l’abstention. Le gouvernement esquive le débat sur les causes de ce désenchantement, pour une raison bien évidente : il était complice durant toutes ces dernières années dans la mise à l’écart de l’opinion publique marocaine…Il est temps pour cette opinion de montrer à l’Etat combien elle le porte en haut estime… Aussi, ces élections se joueront-elles moins sur le bilan du gouvernement sortant (un bilan qui n’est pas aussi sombre qu’on ne le décrive), mais l’enjeu réside plutôt dans le déficit de communication voire de reconnaissance dont nous faisons l’objet.

Pourquoi cette humiliation de l’opinion publique ?

L’élite marocaine, et particulièrement la francophone, prenait un malin plaisir à sous-estimer l’intelligence des masses. 1ère raison : l’analphabétisme, comment se fier à l’avis d’une populace ignorante de ses droits et devoirs ? 2ème raison : l’islamisme, un ignorant devrait céder facilement au discours fondamentaliste. 3ème raison : l’histoire même du Maroc qui est un perpétuel affrontement entre le Makhzen et Blad Siba (anarchie populaire), et les multiples apogées qu’avait connues le Maroc correspondaient à une prise de contrôle totale par le Makhzen sur ce peuple qui ne saurait se gouverner soi même. Donc, il devrait être remis à sa place pour subir les bienfaits de la gestion makhzenienne. C’étaient le cas jusqu’à un passé récent, la situation étaient bien partie pour changer sous le nouveau règne. Mais, le dernier gouvernement a fini par retrouver les anciennes habitudes: à chaque fois qu’il y a un grand chantier, ou une loi sensible à passer, et que c’est à l’opposée des attentes du peuple, les ministres ne daignent même pas s’expliquer. Les accords de libre échange sont l’exemple le plus criant….

Je ne suis pas pour autant favorable à cette démocratie où le peuple devient le tyran, et où les sondages font la loi, et ce surtout quand il s’agit d’un peuple jeune et relativement schizophrène comme le nôtre. Mais un minimum de respect et de considération est requis. Les voix d’un marocain « moyen » et un marocain de l’élite (si ces deux catégories existent vraiment) pèsent pareil, car les deux partagent et partageront le même destin sous le même drapeau. Ainsi quand, au lendemain des élections les plus propres de l’histoire du pays, l’on confie la formation de gouvernement à un technocrate sans couleur politique, le marocain moyen n’a plus de doute qu’on ne donne plus aucun crédit à sa voix…Comprenez donc sa réaction la fois suivante…

Le gouvernement se fiche des marocains, ceux-ci se contrefichent des élections !

Comble de la bêtise politique, au lieu de chercher les sources de ce malaise, le gouvernement préfère taxer de nihilistes tous ceux qui se posent des questions pertinentes sur l’utilité des élections… Dans la logique de M. Nabil Benabdellah, ministre de la Communication, voter blanc ou ne pas voter est un crime moral, il n’hésite pas à préciser, à partir sa tribune ministérielle, que voter PJD est un choix obscurantiste. Il ne reste à tout marocain sain d’esprit que faire le choix du néo-progressisme version USFP-PPS. Taxer de travers, dédouaner les marchandises américaines et couvrir de rente nos champions nationaux ! Bonjour la social-démocratie…

C’est donc facile pour le PJD de remplir tout ce vide inespérée par ses messages vagues de justice et de développement…tout en fidélisant sa base par ses références infatigables aux valeurs islamiques totalement obsolètes. On l’accuse souvent de n’avoir par de programme. Mais si, sauf qu’il s’agit d’un programme très prudent, comme c’est le cas pour tout autre parti au Maroc (sauf l’extrême gauche, improbable au pouvoir). Personne n’ose donner un programme à long terme avant que le roi n’éclaire les esprits par son projet pour le Maroc dans les années qui viennent. Les programmes se veulent donc court-termistes, bricoleurs et préfèrent jouer sur les effets spéciaux.

Sauf fraude obscène, le PJD est donné gagnant, avec le pourcentage maximum que permettrait le système des listes (25% à 30%). Deux options sont possibles :

  • Une grande alliance conservatrice PJD-MP-PI avec bien entendu les RNIstes sans foi ni loi.
  • Une gauche (ou éventuellement la Koutla englobant l’Istiqlal) occupant les rangs suivants et ne pouvant se séparer d’un pouvoir illusoire. Elle formera un nouveau gouvernement.

Dans le premier cas, le PJD fera ses preuves et il y aura les autres partis, moins marqués par la religion, pour pondérer toute divagation. Dans le deuxième cas, ce sera le suicide de la gauche.

Pour que la chose politique au Maroc ne soit pas plus absurde qu’elle ne l’est déjà, pour que les élections suivantes soient plus crédibles, pour une réelle social-démocratie en 2012, ne soyons pas complices dans un troisième mandat pseudo-socialiste au Maroc.

(Actualisation: mes pronostics se sont avérés grossiers…, mais la gauche s’est bel et bien suicidée…)

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J-5

septembre 1, 2007 at 11:44 (élections, maroc, PJD, USFP)

Il nous arrive souvent de jouer les moralistes, de donner des leçons de politique, d’éthique, de bonnes manières… Bref, j’avoue ne pas échapper à ce syndrome qui ressemble beaucoup, tant par les symptômes que par le traitement, à un autre, la fhamatorie. Cela fait plus d’un an, j’ai eu l’opportunité de participer à une table ronde, à l’Institut du Monde Arabe, à coté de personnalités illustres sur un sujet d’une actualité assassine : les jeunes et la politique.

On était tous animés de cette fougue progressiste, imaginant que l’on est en plein âge des Lumières au Royaume Chérifien, qu’il est de devoir de tout jeune d’y apporter sa contribution : en votant, en sensibilisant son entourage, en adhérant à un parti….

Puis venaient les élections présidentielles françaises, l’investissement psychologique des jeunes étudiants marocains y était très grand et aussi grande était la déception, pourtant attendue, après la victoire du seul candidat ayant pu aligner deux propositions cohérentes….
Maintenant, à quelques jours des échéances marocaines, je me demande où est passé cet engouement ? Est-ce l’essoufflement que l’on connait tous juste après les vacances et surtout avec la perspective du Ramadan ? Est-ce parce que je suis retranché dans ma tour d’ivoire alors que la jeunesse marocaine bouillonne tout autour ? Mais à moins que l’on voie de l’engagement politique chez les rappeurs invités par l’Etat à encourager le vote, détrompez-moi si j’ai tort : c’est parce que le jeune marocain en sait trop sur la politique qu’il risque de ne pas voter ce 7 septembre.

En cherchant les tags politique + élections + maroc sur youtube ou dailymotion, on se retrouve avec un nombre considérable de vidéos très politisées, mais dans quel sens ? Les plus visitées, créées par antimakhzen, iyounes, alhoussine, sont unanimes quant à l’absurdité de l’acte de voter, et rien qu’avec le jeu de diaporama leur argumentation semble très convaincante…le reste des vidéos, beaucoup moins prisées, sont postées par des activistes PJDistes et dans une moindre mesure des USFPistes… Sur les réseaux sociaux comme facebook, les marocains adhérents aux groupes anti-sarko ne se comptaient pas, d’autres dissertaient désespérément en faveur d’un vote socialiste qu’ils ne peuvent pas offrir, faute de passeport rouge, tandis que les rares groupes de discussions marocains sur nos propres législatives restent presque silencieux sauf de ce qu’il est des cris anti-PJD…

La sociologie des étudiants marocains aux US, au Canada et en France explique en grande partie cette aversion envers le PJD qui, à leur yeux et malgré tous les gages donnés, risque d’iraniser le Maroc… ce même PJD compte sur un réservoir de vote alimenté par le ressentiment des marocains contre la caste que représente ces étudiants-là…. Je ne me reconnais pas ni dans l’un ni dans l’autre, ni dans la gauche pastilla, ni dans les soft-barbus….je me perds dans ce panorama hétéroclite( cf. mosaïque ), j’essaie de me forger une meilleure image des partis politiques marocains, mais en vain…. Pour le moment, je ne m’empêche pas de partager l’avis de Khaled Jamaî :

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