Réformera, réformera pas

mars 14, 2011 at 11:26 (Uncategorized)

Où va le Maroc ? cette question semblerait inopportune pour un pays aussi résilient que le notre. Et pourtant jamais l’avenir n’a été aussi incertain. Plutôt que de me risquer dans un hasardeux exercice de prévision, je m’attèlerai dans mes prochains articles à l’examen des changements en cours qu’ils soient de caractère conjoncturel ou, moins évidemment, de nature institutionnelle. C’est déjà une tâche assez ambitieuse au regard de la volatilité de ces jours-ci. Dans la rue marocaine comme dans les coulisses du pouvoir, ça foisonne de partout. Il est difficile de suivre les initiatives politiques de jeunes innovants, les retournements de veste des mercenaires, les hésitations des conservateurs, et les volte-faces du régime (événements du 13 Mars).

J’ai d’abord cru que le discours du 9 Mars donnera le tempo, qu’une tendance se dégagera et que l’on saura vers quel Maroc nous avancerons. Le Roi a effectivement pris de court la classe politique marocaine consensuelle qui n’aurait pas osé supporter jusqu’à la veille la moindre parcelle de que le monarque a suggéré le lendemain. Même parmi les plus radicaux des opposants, on en a vu ceux qui se sont félicités du courage royal, et de cette révolution à laquelle le Souverain a décidé de prendre part. Et l’ont a vu fleurir toute une rhétorique de printemps démocratique, avec un vocabulaire gravitant autour de cette « Révolution du Roi et du Peuple » version 2, comme diraient certains beni-oui-oui et aboyeurs attitrés.

Un Roi qui se veut à l’écoute de son peuple, voire même à son service : voilà ce qui a été pour moi le take-away majeur du discours. Ne serait-ce que sur le plan sémantique, j’ai eu comme l’impression que le peuple marocain existe à part entière pour la première fois, et que le Palais annonce qu’il honorera ses devoirs envers lui. Bien évidemment, c’est la suite qui jugera de la démarche royale : le travail de la commission constitutionnelle mise en place et son degré d’indépendance, le référendum, et enfin la remise à niveau de toutes les institutions, les partis compris.

Mais cette dynamique, même avec la caution du Roi, sera freinée par des forces rétrogrades venant des différents appareils de l’Etat. Et ce ne sont pas les matraques de nos policiers qui lui seront les plus néfastes. Mais ce serait davantage la gestion médiatique qu’en feront l’audio-visuel, la presse et autres machines de la communication étatique (de la MAP jusqu’aux prières du vendredi). S’il est vrai que ces médias ne fabriquent guère l’opinion publique, il n’en demeure pas moins que leur force de frappe est redoutable  au sein de larges pans de la société marocaine…Et quand dès maintenant on y décrit l’initiative royale comme une faveur faite par le Souverain – le peuple n’ayant qu’à la saisir en s’inclinant, j’ai peur que le référendum sur la Constitution ne nous transforme de facto à une grande mascarade.

Personne n’en sait rien ! Cet espèce de flou artistique qui brouille l’avenir institutionnel du pays est à la fois porteur d’espoirs et source d’angoisse. Les tensions du 13 Mars et celles dont augurent les manifestations du 20 Mars renforcent ces incertitudes et font vivre un sale temps au Pouvoir. Et par Pourvoir j’entends toutes les institutions entourant le Palais. C’est la cohérence de tout cet ensemble qui est à l’épreuve. Elle a échoué au test ce dimanche 13 Mars. J’espère qu’il y en aura qui corrigeront le tir ce 20 Mars.

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Les droits de la femme et la nouvelle donne arabe

mars 8, 2011 at 3:46 (Uncategorized)

En ce jour de la femme et en ces temps de vents réformistes, je suis revenu sur ce qui a été pour et par la femme arabe le long de la dernière décennie. La Tunisie, le Maroc et l’Egypte ont été pionniers en la matière, chacun à sa façon. Toutefois, les trois ont eu en commun le point suivant: les avancées les plus audacieuses ont été mises en place par des moyens autoritaires.

Ces préludes de ces progrès ne datent pas d’hier. Il y a bien évidemment l’homme de lettres égyptien Qasim Amine (1863-1908) dont les efforts courageux et louables ont bouleversé la société arabe à la sortie de son Moyen-Age, à la fin du XIXè siècle. Néanmoins à mes yeux, Mohamed Fadhel Benachour (1909-1970) a été de loin le plus audacieux, et ce d’autant plus qu’il a été Grand Mufti de la Tunisie. Il a lancé les bases de la doctrine des Maqasid (المقاصد) selon laquelle que l’on devrait observer non pas la lettre mais plutôt la finalité des préceptes islamiques. Aussi anodine soit-elle, cette approche est très subtile du fait des nuances et des éventuelles contradictions qu’elle devrait manipuler. Les réformes de Bourguiba et de Benali n’ont été que le couronnement de la philosophie de Benachour.

C’est bien la raison pour laquelle la Tunisie de Bourguiba a toujours gardé une longueur d’avance. Le Maroc s’est relativement rattrapé avec la réforme de la Moudawanna en 2004 et les récentes dispositions concernant le mariage de la musulmane avec un non-musulman. Quand à l’Egypte, dont le rite chaféite est réputé être légèrement modéré, Nasser, Sadat et Moubarak ont signé plusieurs lois relativement courageuses, dont celle donnant en 2002 à l’épouse le droit d’obtenir directement le divorce en cas de préjudice dû à la polygamie.

Ces « arrangements » peuvent sembler symboliques, tant le chemin restant est encore long pour se mettre au niveau des pays développés. Mais c’est sous estimer les efforts déployés par les Etats tunisien, marocains et tunisiens, obligés de jongler entre les pressions des ONG locales et des institutions internationales, et les contre-pressions des mouvements traditionalistes. Les gouvernements ont donc fait le choix de la prudence, en se plaçant sur le terrain du religieux, présentant ainsi un gage de bonne volonté envers les populations conservatrices.

Même les mouvements de défense des droits de la femme ont joué le jeu : pour faire avancer leurs revendications, ils ne puisent plus leurs thèses que dans le registre des droits humains. Aussi bien en Egypte qu’au Maroc, on a vu ces dernières années des militantes féministes se positionnant comme de bonnes musulmanes et tirant leurs arguments du Coran et de la Sunna. Les textes sacrés pour elles sont interprétables par tous. Par conséquent, il n’y a eu pas un strict besoin des savants religieux (أهل العلم) pour légiférer. Il est difficile de dire s’il s’agissait d’une tactique des féministes pour faire valoir leur but ou bien une démarche sincère. Il n’en demeure pas moins qu’aux yeux de la rue, ces féministes (hommes et femmes) restent des élites éloignées des vrais soucis du peuple et ne parlant pas sa langue. L’implication des chefs d’Etat et des premières dames n’a pas nécessairement aidé à corriger cette perception, et je dirais même qu’elle a aggravé dans le cas de la Tunisie.

Pourquoi parler de cela ? je crains que les récentes petites avancées faites pour/par  la femme soient vues comme le legs des méthodes autoritaires de l’ère pré-Bouazizienne. Ce n’est pas totalement faux car il n’y avait que deux voix audibles : celle du régime et celle des islamistes ; et on ne connait que très bien l’animosité que voue ces derniers aux droits de la femme. Beaucoup de lois mentionnées ci-haut ont été passées à la suite de bras de fer très médiatisés, entre les traditionalistes et le féminisme allié à l’Etat autoritaire. Sur les court et moyen termes, ma crainte est de voir les droits de la femme bénéficier très peu de la reprise du pouvoir par le Peuple. Non pas par ce que ce denier les désavoue, mais plutôt parce que le féminisme arabe n’est pas habitué à lutter par la voie démocratique. C’est toute la population, avec toutes ses classes et ses contradictions, qu’il faut convaincre. Je crois que toute la dialectique du féminisme doit s’adapter à la nouvelle donne.

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