L’inflation ou l’art de prioritiser chez Bank Al-Maghrib

septembre 29, 2011 at 5:26 (Uncategorized)

L’inflation, qui a fait des ravages au Royaume Chérifien aux années 70 et 80, n’y a jamais été aussi bien maitrisée. 2011 sera la troisième année d’affilée où l’inflation (plus précisément l’indice des prix à la consommation) reste graviter autour de 1%. Il s’agit bien sûr de la combinaison d’une conjoncture mondiale désinflationniste et d’une Bank Al-Maghrib toujours plus orthodoxe. On peut accorder à cette institution le strict mérite de ces chiffres car, sur les vingt dernières années, elle a été d’une efficacité redoutable à remplir sa mission : favoriser la stabilité des prix, et par conséquent – indirectement – encourager l’investissement protéger le pouvoir d’achat – ni plus ni moins. Ces mêmes prérogatives, portées par le monétarisme de Friedmann de l’école de Chicago, martèlant qu’il est illusoire de solliciter des leviers monétaires pour aider le marché de l’emploi (contrairement à ce qu’on pouvait comprendre de la courbe de Phillips). En cela, la BAM a été plus royaliste que le roi Friedmann; si la performance se mesurait à l’inflation, la BAM serait un des meilleurs élèves(graphique)… et l’est d’ailleurs aux yeux du FMI.

Le débat sous-jacent à cet arbitrage chômage-inflation dépasse le cadre de ce poste (peut-être je m’y attellerai plus tard). Je reconnais que par le passé la BAM ne pouvait pas mieux faire . Les marocains accordent maintenant beaucoup de crédibilité à leur monnaie, à la différence des égyptiens qui investissent dans le dollar et l’euro comme on fait dans l’immobilier. Il y a 30 ans, c’était toute une autre histoire au Maroc, il suffirait de demander à nos parents. Notre génération n’a pas vécu cet enfer qu’est de planifier un budget personnel avec des prix grimpant à coup de 15% à 20%p.a. . Si l’inflation revenait sous ces formes, nous en souffrirons d’autant plus que nous n’y serions pas préparés. Et elle n’est jamais éloignée ; tout banquier central sait que le vieux démon n’est jamais définitivement neutralisé.

Pourtant, à réexaminer le textbook de la macroéconomie, il est légitime de se demander à quoi bon se maintenir à un 1%, ridiculement bas, alors que des mesures monétaires – conjugués aux bonnes politiques gouvernementales- pourraient dynamiser notre croissance du PIB (les 4 à 5% annuelles qui ne doivent pas faire des jaloux parmi les pays émergents) et note marché de l’emploi (je ne sors pas de chiffres car vous savez ce qu’ils valent)? Loin de moin l’idée d’exhumer la courbe de Phillips avec sa corrélation simpliste négative entre inflation et taux de chômage. Faire de la planche à billet ne nous mettra pas sur le chemin du plein-emploi. Toutefois, cette même batterie monétariste du NAIRU et de la règle de Taylor, chérie par notre BAM, a prouvé ses limites, et la Fed est la première à en faire l’aveu et d’en prendre acte.

Les pays asiatiques, avec la Chine en locomotive s’offrent des taux de croissance prodigieux tout en assumant une inflation entre les 3% à 5%. Partout dans le monde, les banques centrales assortissent leur trageting de taux IPC par un devoir d’aide à la création d’emploi. Ce n’est qu’à la BCE où on y résiste encore, avec les causes – et les conséquence – qu’on connait. Au Maroc, nous semblons plus proches de la doctrine européenne –voire allemande- pure, où les enjeux du chômage ne sont presque pas du ressort de l’institution ayant le monopole de la monnaie. Comme les allemands, nos policymakers voient l’inflation-monstre à chaque coin de rue, car marqués des séquelles des années 70 et de bien d’autres épisodes de la dynastie alaouite.

Tout est question donc de là où il faut placer le curseur. La BAM a mis en place pendant les deux dernières décennies les bonnes pratiques, et a su surtout réconcilier les marocains avec leur monnaie. Mais se targuer de réaliser 1% d’inflation (alors que le target était de 2%) ressemble à de l’excès de zèle. Nous nous somme pas loin de la stabilité absolue des prix, et j’ose le mot, de la déflation. Pour un Maroc en besoin de croissance (plus précisément, opérant à un taux de croissance inférieur à son potentiel), ce serait une situation plus dévastatrice qu’une décente inflation à la chinoise: des consommateurs qui reportent leurs achats à un futur indéfini, des dettes qui gonflent mécaniquement, et de surcroît un marché de l’emploi paralysé.

Il est grand temps maintenant d’être plus en phase avec un monde où l’emploi et la croissance sont rois, où des prix croissant à 3% à 4% ne scandalisera personne.

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