L’inflation encore et toujours

novembre 28, 2011 at 5:27 (Uncategorized)

Dans un billet récent, j’ai stipulé qu’une inflation de 3 à 4% est désirable pour le Maroc pourvu que ce soit au profit de vraies indices de performance économique : la croissance et l’emploi. Je puise en effet dans la littérature de l’output gap qui ne voit pas de gène à tolérer un peu d’inflation si c’est pour mettre le pays sur une bonne tendance de croissance, celle de son potential output. Bien sur, comme n’importe quelle théorie économique, et surtout si elle est présentée par un débutant comme l’auteur de ces lignes, c’est sujette à débat. Il n’en demeure pas loin que dans le cas du Maroc, je vois la balance pencher en faveur d’une approche plus agressive, où le pays en a assez de se contenter de taux de croissance corrects mais sans plus, tout en étant le bon élève de l’orthodoxie FMIste (version année 90 et non pas version crise 2008).

Au regarde des derniers chiffres de l’EIU (pour le monde et pour le Maroc – tableau ci-bas), j’ai toutes raisons de croire que cette inflation est non seulement désirable, mais surtout inévitable:

  • D’abord parce que la décennie précédente ressemble de plus en plus à une parenthèse rose dans l’histoire de l’économie mondiale. À plus long terme, si la croissance annualisée du PIB mondial est autour de 4 % comme on la projette (Citi, EIU…), les tensions inflationnistes surgiront inexorablement et ce de façon régulière. En fait, au cours des 20 dernières années, le taux annualisé de croissance du PIB était de 3,2%, tandis que le prix du pétrole ont enregistré une croissance annualisée 6%. On doit s’attendre à un rythme plus effréné dans le futur
  • Ensuite car le financement de l’économie marocaine ne sera plus facile que sur les deux dernières années, les taux se tireront automatiquement vers le haut…que ce soit via nos créanciers étrangers  ou via le canal domestique (l’épargne des ménages marocains n’est plus si énorme)

Remarquez que l’hypothèse sous-jacente des deux points ci-dessus est un Maroc ouvert à la globalisation. Je balaie d’un revers de la main le moindre retour en arrière, vers une autarcie aux bienfaits illusoires.

Maintenant, examinez dans les chiffres de la même EIU ainsi que ceux du FMI (notoirement plus optimiste pour éviter la double peine des professions auto-réalisatrises). La tendance pour l’inflation est à la hausse pour finir à 3.2% (comme l’inflation mondiale à la même année, et à titre d’exemple comme la Malaysie qui en 2010 enregistre 3.4%). Quant à la croissance, elle graviterait toujours autour de ce seuil psychologique des 5%. Relation de cause-conséquence? pas évident. Ce qui est sûr est que tôt au tard la dynamique des prix mondiaux finit par prendre le dessus. S’entêter à s’offrir une inflation ridiculement condamne une partie de la croissance à rester inexploitée.

Le Maroc est-il bien préparé pour s’accommoder d’une inflation plus commune en absorbant une politique monétaire plus volontariste – et même expansionniste? Voilà un bon sujet de livre, ce que ce blog n’a pas vocation à délivrer…Toutefois, mes premières intuitions m’orientent dans le sens d’une réponse par l’affirmative, avec un grain de sel. Le pays est de plus en plus préparer, on est de plus en plus éloigné d’une Egypte ou, pire, d’une Inde où les prix sont en flambée continue car les processus de diffusion et de formation des prix sont handicapé par le manque d’infrastructures et par l’absence de foi dans la rupee. Nous sommes sur une trajectoire pouvant nous porter au niveau de la Chine: les canaux monétaires et leurs supports dans l’économie réelle sont de plus en plus efficients.

Est-ce suffisent? peut-être toujours pas, d’autant plus que nous restons une économie de consommation où le niveau d’investissement privé laisse encore à désirer; le dirham émis par la BAM pour booster le crédit a beaucoup de chance de finir dans un achat d’un produit consommable, qui de plus est importé. La contribution au PIB s’en trouvera amoindrie. A mes yeux c’est un side-effect important, mais qui pourrait s’estomper sur la durée avec un bon policy-mix, c à d si l’action de la banque centrale est conjuguée aux bonnes politiques gouvernementales.

C’est ainsi qu’il est urgent d’agir, qui’il est urgent de changer de paradigme. Le renouvellement (toujours partiel 🙂 ) en cours des policymakers au Maroc est le moment idéal pour transformer l’essai.

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