Emploi et croissance au Maroc

janvier 30, 2012 at 1:06 (Uncategorized)

Un Maroc plus prospère est-ce un Maroc où le chômage a de moins en moins de place?

Ce qui semble une corrélation voire une causalité intuitives ne ressort pas des performances économiques marocaines, comme l’indique le graphique ci-après : plus de croissance ne se traduit pas par plus d’emploi.

Dans les pays développés, la corrélation négative entre la croissance et la variation du chômage est tellement forte et consistante qu’on l’a élevée au statut de « loi »: la fameuse de loi d’Okun.

La corrélation, formalisée comme suit ∆Y/Y = -k. ∆u + const  (Y étant l’output et u le chômage) se confirme davantage si on passe à des fréquences trimestrielles ( article )

Ce constat n’est pas l’apanage des pays développés, car l’examen de deux pays emergents phares, la Turquie et le Brésil, donne cela :

Si le lien croissance-emploi n’apparaît pas dans les chiffres, de deux choses l’une :

–          Les chiffres sont faux

–          L’emploi est trop rigide pour refléter la bonne santé de l’économie

Je suis tenté de dire que les deux réponses sont valides. En effet, et malheureusement, les chiffres de la Banque Mondiale ayant servi pour faire ces figures sont fournis, dans le cas du Maroc, par le HCP, notoirement dépendant du gouvernement (il le sera moins à l’avenir). En plus la méthode utilisée, sur la base de sondages, est sujette à caution.

Le deuxième point – le peu d’élasticité du taux de chômage à la croissance de PIB – s’est avéré ne pas être l’apanage du Maroc. La Banque Mondiale pointe dans un rapport datant de 2007 cette défaillance caractérisant les pays MENA. Plusieurs facteurs explicatifs sont mis en avant :

–          une croissance tirée par la rente pétrolière peu génératrice d’emploi,

–          un secteur public qui reste le principal employeur, plus enclin à protéger ces salariés existants qu’à recruter. Et quand il embauche, ce n’est pas pour licencier plus tard en période de vache maigre

Ces deux caractéristiques ne s’appliquent pas tant au Maroc, parce que le royaume reste une économie assez diversifiée et peu rentière par rapport aux autres pays arabes, et aussi parce que le secteur public n’emploie que 8.5% de la main d’œuvre active (source HCP, contre plus que 50% en Algérie).

D’autres arguments sont plus pertinents. D’abord, il y a une prépondérance d’aspects « frictionnels », liés au fait que l’information ne circule pas assez bien pour que les postes à pourvoir existants atteignent les personnes susceptibles d’être intéressés – chose que chaque lecteur devrait avoir senti sur le terrain au Maroc. Le deuxième argument est plus profond, car lié à un un aspect plus structurel, le décalage entre l’évolution de l’économie et celle de l’éducation et la formation.

Tandis l’on peut palier partiellement le premier chômage frictionnel par des mesures ciblées et rapides, l’auteur de ces lignes se sent abattu en avouant que remédier au second type de chômage est une question de générations.

Une troisième piste, celle de l’amélioration de la productivité, pourrait expliquer en partie la mauvaise tenue de l’emploi. Mais la simple cinétique d’augmentation de l’ « output per labour unit » n’est pas tenable sur d’aussi longues périodes sans que l’emploi n’en profite ; en outre, le Maroc ne brille pas par sa productivité (billet à venir).

Une conclusion serait de faire le triste constat d’une mécanique économique rouillée et/ou une qualité d’information laissant tant à désirer. La problématique de l’emploi, et surtout de l’emploi des jeunes, est bien en amont de toutes les questions d’inégalités et de redistribution de la croissance. Après cette petite revue chiffrée, la voix du le marocain moyen criant au scandale pour le manque d’emplois sonne différemment à mes oreilles.

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